MAKAN DE KAMILYA JUBRAN

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Les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu, et souvent pour notre plus grand bien. Parti écouter mes amis du groupe Duoud au festival Africolor, je tombe sur un premier concert: un duo. Une femme chante en s’accompagnant au oud dans une langue que je ne comprends pas, un homme joue de l’électronique ( samplers, ordinateur, pédales diverses….).

Werner et Kamylia
Photo Julie Barrau

La claque, un son inconnu et magique émerge, de la poésie à l’état pur ! Je me laisse surprendre, je suis conquis, je suis ému.

Je viens de rencontrer Kamilya Jubran et Werner Hasler. Je rentre chez moi, la musique continuant à sonner en moi et je réalise que tout pourrait s’arrêter la.

Mon amie Sarah Murcia passe à la maison deux jours plus tard et me tends un cd audio:  » écoute, il faut vraiment faire quelque chose ! ». Je n’écoute pas le disque mais la laisse parler de cette amie palestinienne avec laquelle elle joue parfois. Je réalise qu’elle me parle de Kamilya Jubran, je lui raconte le concert, nous nous réjouissons de cet incroyable hasard et puis…

Je téléphone à mon ami Franck Jaffrès, qui m’a confié une collection au sein du label Zig Zag, et lui annonce que j’ai le premier projet. Je n’ai même pas besoin d’écouter le disque des maquettes, je sais que ce sera magnifique.

Photo E Rioufol
Photo E Rioufol

Nous allons enregistrer Kamilya jouant seule ( chant et voix en même temps bien entendu ) des chansons dont les textes ont été écris par des poètes arabes vivants. Des mots sur l’espace, le voyage, la rencontre…

Nous décidons avec Sarah d’enregistrer chaque jour dans un lieu différent. Nous partons à Grenoble où nous avons organisé avec quelques précieux alliés nos cinq jours de travail. Je suis descendu avec Franck et le matériel : Pyramix en portable, convertisseurs Prism, Nagra D et pas mal de micros ( Brauner, Schoeps, DPA, mini dpa, Neuman M 150 ).

Nous avons successivement travaillé dans la salle de concert du Musée de Grenoble, dans l’immense salle de la MC2, à l’Hexagone, dans la petite église de St Blaise et dans… un champ ( Plateau du Puech ).

Très belle expérience que de changer chaque jour de lieu, de tenter de s’adapter au mieux à l’acoustique en essayant d’en capter les saveurs tout en préservant l’intimité de cette musique et les intentions subtiles de Kamilya.

Je me suis fais de nouveaux amis tel cet oiseau que l’on entend dans le morceau « Yaday » ( dans l’église ) ou cette mouche qui s’est posée une fraction de seconde sur la membrane de l’un des micros dans « Nabd », enregistré dans la nature. Le résultat est très surprenant et très… beau.

J’ai essayé d’enregistrer chaque morceau en créant trois plans :

  • Proximité avec un Brauner sur la voix et un autre sur le oud, un mini DPA à même le oud et un autre sur le front de Kamilya, un couple de schoeps et même un M 150 Neuman sur le coté. Cela fait beaucoup mais on n’utilisera probablement pas tout mais je préfère assurer car avec Kamilya la première prise peut être la bonne,
  • Un couple de DPA 4041 à environ 2 mètres,
  • Un couple de M150 plus loin, parfois beaucoup plus loin.
Kamilya-chezmoi
Photo A Gresland

Chaque jour Kamilya attendait patiemment que nous finissions de nous installer, prête a jouer dès le signal.

 

Chaque jour elle nous a offert de la très belle musique.

 

Chaque jour nous étions radieux.

 

 

 

PS : Mon ami antoine Gresland, a réalisé une belle interview de Kamylia à l’occasion de la sortie de « Makan ».

L’interview est ici : http://www.evmag.fr/site.php?page=ecouter65