DADADA Saison 3. Trio de Roberto Negro / Emile Parisien / Michele Rabbia

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DADADA Saison 3. Trio de Roberto Negro / Emile Parisien / Michele Rabbia

 

Part 1: Enregistrement

    Tout d’abord un film de concert visionné sur Youtube. Un piano, un saxophone et une batterie.  Je reconnais immédiatement Emile Parisien, souvent croisé ça et là, ici tel un unijambiste dansant, soufflant dans son saxophone soprano.                                                                                                                                                           Au piano, un musicien classieux et minimaliste semble organiser la musique autour de thématiques écrites et des joies de l’instant.                                                                                                                                                Monsieur Roberto Negro, tout sourire, entre concentration extrême et légère ironie dans le regard. Bien là et pourtant un peu ailleurs, plutôt la haut…comme j’aime.                                                                                                 La batterie d’un certain Michele Rabbia que je ne connais pas encore mais qui mélange avec bonheur acoustique et électronique, créant un nouveau monde plein de sens au service du groove et de la poétique la plus raffinée.                                                                                                                                                                          Je suis très touché et impressionné par cette musique servie par trois musiciens totalement en osmose. Le vrai bonheur vient souvent des rêves qui deviennent réalité et je confirme car nous allons travailler ensemble et je rêve encore. Quelle joie pour un ingénieur du son de servir une telle musique, si organique et si profondément connectée avec la mise en scène sonore !

     Nous voici au Studio Gil Evans, à l ‘acoustique propice au « jouer ensemble ».

  Nous décidons de séparer la batterie dans une des cabines. . Je n’en ferme jamais totalement les portes, dosant l’angle d’ouverture en fonction de chaque morceau. J’aime la respiration que cela donne en favorisant  la synthèse sonore que je peux déjà modestement sculpter en fonction du tempo et de l’énergie du morceau.

       Pourquoi cette séparation ?                                                                                                                                                     Je sais, après concertation, qu’il y aura un important travail de post production et nous tenons à pouvoir librement éditer, organiser, supprimer……Certaines compositions sont déjà totalement abouties, d’autres seront recréées à partir des différentes prises où certains choix, tempo, structures, ambiances seront essayés, comparés puis enfin choisis dans un souci, entre autres, de cohérence de l’album. Nous prospectons afin de réunir les ingrédients qui nous permettront, en totale liberté, de créer les alchimies les plus propices à l’unité de l’ensemble. On peut comparer cela au travail d’un grand chef cuisinier qui s’arrête à chaque détail de « tous les goûts de son univers »  tout en créant le scénario d’un repas idéal avec ses rythmes, ses mélodies et ses reliefs.

    Dans ce studio, l’acoustique me permet, quand le projet s’y prête, d’offrir aux musiciens la possibilité de travailler sans retours casques, en grande proximité et très librement. Je reviendrai sur ce concept dans un prochain article.

      En attendant……ma pomme….

    Pour ces séances nous travaillerons autrement. Il est cette fois ci nécessaire de les immerger dans une ambiance « presque mixée ». Les saveurs électroniques travaillées en direct par Michele   constituent une bonne partie de l’essence du groupe. Il faut que chaque intention d’interprétation et d’improvisation puisse se faire dans le contexte réel avec les nappes sonores justement réverbérées, les bruitages déjà à leur juste niveau, une réverbération adaptée au jeu d’Emile….. Un son propice à l’expressivité de Michele, homme orchestre au jeu subtil entre drumming raffiné, sons électroniques « comme il faut quand il faut et là où il faut « et au malaxage en direct du son grâce au traitements sampling en direct.

       Il est important que ces trois là puissent dialoguer tout de suite dans leur Vrai Monde.

Le casque s’impose donc.

     Je retire le couvercle du magnifique grand piano de concert Steinway, préparé par mon vieux complice Jean Michel Daudon « bien plus qu’accordeur et plutôt sorcier » qui sculpte, règle et magnifie cet instrument qu’il connait bien. Sans le couvercle, je peux accéder aux Territoires de l’Inapprochable , le long des cordes graves, ce qui m’autorise à côtoyer des profondeurs abyssales. J’utilise 6 microphones (2 X 4041, 2 X U49 et 2 X Neumann M 150) que je place entre approche classique, délires maniaques et heureux hasards. Seule l’oreille sera juge et j’affine quand tout le monde joue ensemble. J’écrirai bientôt un article sur mon point de vue à propos de l’enregistrement de cet instrument.

  Emile est en face du piano, tout le monde doit se voir. Je l’entoure de quelques panneaux acoustiques que j’ajuste en fonction de mes trois micros. Le tout choisi autour du respect du timbre du saxo, de sa présence, de sa douceur et de sa cohérence musicale. Aujourd’hui deux Coles proches et un U 47 un poil plus loin. J’adore les Coles sur les sopranos: velours, calme douceur, présence.

     Le set up batterie/ordinateur/sampler est assez classique avec deux systèmes overhead (statique et ruban) et un couple statique devant la batterie dont je le règle la hauteur avec précision ( je juge du rapport grosse caisse / caisse claire adapté au jeu du batteur et au contexte musical) . Pour le reste, des appoints plus ou moins classiques; pas de quoi s’étendre.

    J’essaye de régler au plus vite les problème de son afin d’obtenir une balance musicale dès les premiers essais. J’invite toujours, les musiciens à venir écouter en cabine afin de stimuler leur envie de rentrer dans une aventure sonore. Tout, enfin presque tout, doit aller en harmonie avec « le sans dire » et les quelques nécessaires explications. Avec de l’expérience, on sait qu’il ne sert à rien de passer des heures à régler instrument par instrument avec des « qu’en penses tu ? et toi ? et nous ? je sais plus, on pourra choisir plus tard ? on peut faire les deux au cas ou……..??? ». Il est même, à mon humble avis, parfois néfaste de trop poser de questions car une question en appelle souvent dix autres et un empilement exponentiel d’incertitudes est à craindre. Nous ne faisons pas de la recherche scientifique. Je choisis très méticuleusement mes micros et la position de chaque musicien par rapport à l’acoustique du lieu et à leur confort lié à leurs sensations partagées.

   J’essaye de ne jamais faire la même chose que « la dernière fois » mais m’en inspire, bien entendu, si cela m’a permis d’atteindre mon objectif. J’ai des périodes micros statiques, micros ruban, dynamiques….un peu par ci par là, je mélange, j’irrespecte, je me faufile parfois et souvent côtoie le « pas comme il faut ». Je travaille beaucoup en omni. C’est plus vrai, les repisses sont belles et bienvenues quand on les gère bien. Ce sera certainement la source principale pour voyager vers les grandes profondeurs en alliance avec les abysses évoquées plus haut.     La directivité omnidirectionnelle, c’est aussi plus risqué, ce qui est bien. On assume une direction et déjà on doit connaitre les impossibles. Comme en navigation, il ne s’agit pas de se tromper de cap. Mais ici, on navigue, rien à voir avec le cabotage, c’est cela qui est formidable.

        A ce stade je n’équalise jamais, sauf cas très particuliers. Je veux que ça sonne en pratiquant exclusivement l’Art du micro. Tout de suite, maintenant.

          J’essaye de créer une couleur car je sais ce qu’il me faudra obtenir au mixage. Prise de son et mixage en une même pensée globale.

        Je veille de très près aux erreurs de balance casque (chaque musicien a sa mixette qu’il règle en général lui-même  ). Je peux ressentir à l’écoute des intentions de chacun, de la structure sonore globale et de l’évidence qui doit se présenter avec souplesse que l’un des protagonistes a réglé son casque trop ou pas assez fort et qu’il compense et se déconnecte des autres. Je réagis en indiquant cette probable erreur, au bon moment, quand la pression cède la place à l’aisance et souvent tout rentre dans l’ordre. Je garde une marge de sécurité pour la post prod, pour ces séances plutôt plus que moins, et j’évite les « on verra au mix ». J’enregistre toujours tout pour comparer « avant / après » afin de faire entendre, dès lors que je suis convaincu, que c’est mieux ainsi. C’est un travail en commun qui doit se faire dans le calme et la concentration. Ne pas se précipiter mais être vif pour prendre la bonne décision sans toujours en parler en soulageant ainsi les artistes de trop d’interrogations et créer un vrai climat de confiance.

    Il faut que dès la première écoute ils ressentent profondément que je comprends leur musique.

  Si j’obtiens cela en souplesse, c ‘est la grande récompense.

      Dès lors tout est possible, le reste suivra en toute simplicité et nous pourrons rentrer dans le vif des sujets.

 

 

Au studio……….       Soyons sérieux !